Lundi 5 mars 2007
1
05
/03
/2007
12:01
Le rassemblement des forces antilibérales, que nous préconisions pour l’échéance présidentielle a échoué. Chacun sait que l’option d’une candidature issue du PCF n’était pas la mienne. Une candidature unitaire représentative du rassemblement aurait été plus à même de bousculer le paysage politique. Je persiste à le penser. Nous n’y sommes pas parvenus, les logiques d’égo, d’appareil ont repris le dessus. Je ne nie pas la responsabilité que mon parti porte dans cet échec, il n’a pas été à la hauteur des enjeux. Mais la réflexion ne peut se focaliser sur ce seul point. Il faudra bien que les antilibéraux réfléchissent ensemble plus largement en évitant les analyses courtes qui ont l’avantage d’être faciles à produire et l’inconvénient de conduire toujours à des impasses. Pourquoi deux ans seulement après la victoire remportée par une majorité de l’électorat de gauche contre le projet constitutionnel européen, un an après la victoire contre le CPE, les forces de transformation sociale, c’est à dire le peuple du NON de gauche de
la LCR aux électeurs socialistes, sont-ils aujourd’hui dans cette situation d’impasse politique ? Une gauche à moins de 35% d’intentions de vote tout cumulé au premier tour de
la Présidentielle , avec un PS dont les intentions restent dans les moyennes hautes des précédentes élections présidentielles et à coté une ribambelle de petits chiffres. Pourquoi, les collectifs toutes sensibilités confondues, tout en se réclamant d’une 6ème République et de l’anti-présidentialisme, ont-ils focalisé tous les débats sur le nom du présidentiable, alors que la raison aurait dû nous conduire aussi à parler de l’élection Législative ? Pourquoi dans nos rapports avons- nous retrouvé la prédominance des cultures politiques qui ont marqué le 20ème siècle, bien souvent héritière d’un centralisme démocratique, qui inclue les rapports de forces ? Cette culture qui a marqué toutes les organisations s’inscrivant dans les pensées révolutionnaires du 20ème siècle n’est pas particulière au seul PCF. Pourquoi les collectifs, tout en engageant un début de dynamique d’élan militant incontestable, n’ont pas pu gagner une dimension plus populaire ? Pourquoi n’avons- nous pas réussi à gagner une plus grande diversité, une mixité culturelle, en agrégeant les formes nouvelles de la contestation sociale, je pense à la jeunesse investie dans la lutte anti -CPE, et la révolte des banlieues ? C’est peut-être cette absence de mixité culturelle qui constitue le handicap pour prospecter de nouvelles voies dans les pratiques politiques, faire de la politique autrement ne se décrète pas, il faudra construire une nouvelle culture, et cela ne peut se faire sans l’apport de générations nouvelles. Aujourd’hui, je crains pour l’avenir de l’unité antilibérale, non pas seulement l ’avenir des collectifs en tant que tels. J’ai déjà eu l’occasion de dire qu’ils ne représentent pas, loin s’en faut, la totalité du mouvement antilibéral, mais pour le devenir de ce que, malgré tout nous avons réussi à construire en commun, il a fallu beaucoup de travail, de temps, personnellement je me suis engagé dans ce travail de mise en convergence des forces antilibérales, avec d’autres communistes unitaires, dès 2002 et certains de mes camarades y ont travaillé bien avant. Lorsque je parle d’un long travail je sais de quoi je parle aussi bien à l’intérieur de mon parti qu’à l’extérieur. Aujourd’hui dans cette élection Présidentielle le mouvement antilibéral est éparpillé, il n’y a pas de candidature unitaire, celle de José Bové ne l’est pas plus que celle de Marie George Buffet. On peut toujours décréter que telle candidature est la vraie candidature trait d’union, mais au final ce sont les électeurs qui le décident. Or, pour l’instant dans la mouvance antilibérale la candidature de José Bové n’est pas vécue comme telle, pas plus que celle de Marie George Buffet, aucune des deux ne « décolle » dans les sondages, et il en sera probablement ainsi jusqu’au bout. Aucune des candidatures en présence ne débloquera la situation à gauche, aucune des deux n’est en mesure de faire dérailler le bi –partisme, de stopper l’hégémonie du social libéralisme sur la gauche française. En l’absence de perspective crédible sur la construction politique possible à gauche, toutes les candidatures bloqueront sur la question de leur utilité, à savoir à quoi vont servir les voix qui se porteront sur l’une ou l’autre des candidatures, nous nous retrouvons tous de fait dans une posture de témoignage. Préserver l’avenir dans cette situation, c’est éviter de mettre en concurrence les différentes candidatures se réclamant de l’antilibéralisme, comme l’écrit avec beaucoup de sagesse Jean Louis Sagot- Duvauroux dans une tribune publiée dans l’Humanité du vendredi 2 3 février : « Souhaitons que tous réunissent autour de leurs noms le maximum de ceux qui se reconnaissent davantage dans leur parole. Puis nous ferons l’addition de sur ce qui nous unit. » Je suis dans cet état d’esprit, et je pense que José Bové doit être dans la compétition électorale, au nom de la démocratie et aussi parce que son absence réduirait l’expression antilibérale dans cette élection, ce qui n’est pas souhaitable si l’on veut additionner. Certains de mes camarades, et mêmes de mes amis soutiennent, voire dirigent, la campagne de José Bové c’est leur droit. Ne commettons pas l’erreur de reprocher à d’autres de rejoindre dans cette situation leur famille politique d’origine, pas par réalignement, mais parce que nous ne sommes plus dans une configuration de rassemblement unitaire. Faut- il en déduire que la page est tournée, que l’aventure unitaire est terminée ? Certainement pas. L’unité antilibérale est plus indispensable que jamais, dans la rue et dans les urnes. Si les conditions objectives existent, les conditions subjectives restent à réaliser. Il faudra tirer tous les enseignements qui ont conduit à l’échec catastrophique pour
la Présidentielle en allant au fond des choses. Le Parti communiste devra le faire, il est difficile d’anticiper sur la situation qui résultera de cette élection, mais il n’y a pas d’avenir pour le PCF dans une orientation nouvelle version d’une gauche plurielle, avec l’illusion de penser pouvoir peser sur le PS. Il n’y en a pas plus dans l’isolement qui nous ferait sombrer dans le registre du souvenir. Le seul avenir réside dans la construction d’un rassemblement populaire, à vocation majoritaire de caractère antilibéral couvrant tout l’arc politique du « NON » de gauche, associant forces politiques, associatives, et les citoyens. Selon moi un tel rassemblement, dans le contexte actuel, aura besoin de l’apport communiste. En dehors de cette voie, le parti communiste est condamné à la subordination au parti socialiste ou à la marginalisation. Ce sera certainement un long processus, qui ne se réalisera pas par des artifices, ni autour de personnes providentielles, mais dans le débat politique, dans notre capacité collective à penser la transformation de la société en sortant des vieux clichés et des sentiers battus. Alors dans l’immédiat que faire pour la législative ? Partout où cela s’avérera possible nous serions bien inspirés de tenter des candidatures communes. C’est ce qui se précise dans quelques circonscriptions, mais comment avancer efficacement dans cette direction si les collectifs existant ne gardent pas un cadre unitaire et se transforment en structure électorale pour José Bové ? Certains s’arrogeant même la vocation de gardiens du temple de l’antilibéralisme, en montrant du doigt les « pseudo communistes unitaires » qui ne font pas le même choix qu’eux. De quel droits, au nom de quelle vérité ? Personnellement je n’ai pas changé d’avis, au de-là des polémiques auxquelles je ne répondrai pas, je continuerai avec celles et ceux que l’on appelle les « communistes unitaires » à prendre toutes les initiatives utiles pour donner corps à ce rassemblement indispensable pour notre peuple.
Commentaires