Lundi 23 avril 2007
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Ils en étaient convaincus. Le " non de gauche ", lors du référendum du 29 mai 2005, à la Constitution européenne préfigurait une recomposition à gauche. L'élan unitaire, les discussions entre des courants qui se regardaient jusqu'alors en chiens de faïence, l'étonnante mobilisation citoyenne ouvraient un espace à la gauche du Parti socialiste. Et l'élection présidentielle allait leur donner l'occasion de concrétiser cet espace. Deux ans plus tard, c'est la douche froide. Avec seulement 9 % des voix au premier tour de l'élection présidentielle, les cinq candidats de la gauche radicale - Olivier Besancenot (Ligue communiste révolutionnaire), Marie-George Buffet (Parti communiste), Arlette Laguiller (Lutte ouvrière), José Bové, Gérard Schivardi (soutenu par le Parti des travailleurs) obtiennent le score le plus bas pour cette sensibilité depuis vingt-cinq ans. En 2002, elle avait recueilli encore 13,8 %.
Si M. Besancenot tire son épingle du jeu (avec 4,08 %), c'est dans une stratégie de négation de la démarche unitaire, encore vantée quelques mois auparavant, et dans l'affirmation d'une candidature de témoignage et de protestation sur un profil politique inchangé.
En mai 2005, tout semblait pourtant sourire à ce panel de gauche rassemblant le PCF, la LCR, des minoritaires des Verts, des membres de l'aile gauche du PS, les Alternatifs, mais aussi des militants altermondialistes, syndicalistes, associatifs. En partageant les mêmes tribunes et en bataillant ensemble, durant des mois, contre cette Constitution jugée " néolibérale ", ils s'étaient découvert plus de points communs qu'ils ne le pensaient. Ils avaient ensemble goûté à l'ivresse des salles pleines, des slogans qui marchent et d'un soutien populaire qu'ils n'attendaient plus. Le résultat avait été au rendez-vous : le non l'avait emporté et, dans ce vote, la gauche était majoritaire. La suite ne fut que rendez-vous manqués, promesses non tenues et dépit amoureux.
En octobre 2005, le premier appel pour une candidature unique à la gauche du PS est signé par une palette d'opposants à la Constitution ainsi que par deux organisations, le PCF et la LCR. Le texte prévient que " rien ne serait pire que la dispersion " à l'élection présidentielle. Un mois auparavant, le " club des cinq " - Mme Buffet, M. Besancenot, M. Bové, Francine Bavay (Verts) et Jean-Luc Mélenchon, sénateur PS et animateur de Pour une République sociale - s'était retrouvé à la fête de l'Humanité. Le premier accroc à l'idylle survient dès janvier 2006 quand le congrès de la LCR avance les premiers pions d'une candidature Besancenot. L'organisation trotskiste soupçonne ses alliés de lorgner vers une alliance avec le PS.
En mars, c'est au tour du congrès du PCF de " soumettre au débat " la candidature de Mme Buffet. Les deux organisations savent pourtant pertinemment qu'un postulant issu d'un parti politique n'a aucune chance d'emporter l'adhésion de leurs alliés. En mai 2006, le second appel, signé de personnalités du mouvement social, n'est soutenu que par le PCF. La LCR se retire déjà sur la pointe des pieds. Fin juin, elle tranche et lance son champion.
Qu'importe ! Le " club " continue jurant que, cette fois-ci, il " joue la gagne ". Différentes figures comme Yves Salesse, de la Fondation Copernic, ou Patrick Cohen-Seat, bras droit de Mme Buffet, assurent, pronostics en main, qu'ils peuvent atteindre un " score à deux chiffres ". M. Bové défend même l'idée que la gauche antilibérale peut " être présente au second tour ". L'objectif est tout tracé : il s'agit de " disputer l'hégémonie du PS sur la gauche ". Mais de véritable projet politique fédérateur, point.
Une ébauche de programme commun - les " 125 propositions ", un catalogue de mesures à prendre par un gouvernement " antilibéral " - est rédigée en septembre. Mais c'est une addition de bouts de programmes, chacun insistant pour son " pitch " (résumé bref qui annonce le projet de film). Le cocktail ne fait pas rêver. Si de nombreux inorganisés rejoignent les collectifs, la " dynamique populaire " invoquée se fait attendre.
LOGIQUES D'APPAREIL
Une étrange course de lenteur pour désigner " le " candidat unitaire commence alors. En plus de Mme Buffet, M. Bové se déclare " disponible " et propose une primaire pour départager les postulants, avant de se retirer en dénonçant les " manoeuvres d'appareil ", mais conscient que son nom ne fait pas l'unanimité. Trois autres candidats - l'adjointe au maire de Paris, Clémentine Autain, le député communiste Patrick Braouezec et Yves Salesse - se déclarent, " pour sortir de l'impasse "... Pendant ce temps, Ségolène Royal est adoubée par le PS et part en campagne. Fin novembre, le PCF lance en solo la candidature de " Marie-George " après que celle-ci a échoué à s'imposer dans les collectifs locaux. La partie semble terminée mais, début janvier, M. Bové, plébiscité par une pétition sur le Web, se présente, assurant être le " trait d'union ". Avec trois candidats se réclamant de la même filiation - le " non de gauche " -, tout est en place pour la Berezina.
Au-delà des batailles d'ego, la croisade était déjà perdue. Les logiques d'appareil ont pesé : le PCF comme la LCR ne voulaient pas laisser passer leur tour, chacun étant persuadé qu'il " incarnait " au mieux la " formidable dynamique du non ". La musique aurait été peut-être différente si chacun n'avait voulu jouer sa propre partition. Mais même alors, cette gauche n'aurait pas réussi à perturber suffisamment le jeu du PS.
Car c'est toute sa construction politique de départ qui s'est révélée fausse : le non au référendum du 29 mai 2005 n'était pas un " non de gauche ", mais un " non à gauche ". Cette expression de refus d'une Europe libérale ne constituait pas une assise politique suffisante pour construire " une alternative crédible", comme ils le souhaitaient tous. La présidentielle approchant, les " nonistes " se sont tournés vers leurs référents politiques habituels, Parti socialiste en tête.
Cette erreur d'appréciation était partagée par le PCF, la LCR et les différents courants de cette gauche radicale : tous ont cru voir muer ce vote de rejet du libéralisme en adhésion à un projet radical. Seule Mme Laguiller, campant sur sa méfiance d'un " vote politiquement flou ", avait mis en garde contre un tel raccourci. Et, le 22 avril, la majorité des " nonistes " de gauche se sont ralliés à Mme Royal. Par défaut de candidature crédible : " Ils ont été incapables de s'entendre ", entendait-on chez les électeurs de cette gauche radicale à la veille du scrutin. Mais aussi parce que l'alternative n'avait toujours pas été définie. L'échec va laisser des traces, et " l'unité " ne se réalisera pas plus aux élections législatives.
Sylvia Zappi
In le Monde daté du 29 avril 2007
Par Administrateur
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Publié dans : La Presse et les CU 95
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